vendredi 7 octobre 2016

Sus au raisin d'Amérique, l'envahissant Phytolaque !

Les Raisins de la colère ! Le Phytolaques : une vraie peste végétale

Fleur de Phytolaque, ou Raisin d’Amérique (phytolacca americana)
Après l'article sur l'envahissant Prunus, je vais vous (re) parler de l'invasive "star" de la forêt de Fontainebleau : le Phytolaque, ou Raisin d’Amérique (phytolacca americana). Voilà déjà pas mal d'années que les bleausards ont été sensibilisés à la colonisation de nos parcelles forestières par cette pante d'ornement importé au XVII pour les teintures. Et pourtant, malgré de nombreux chantiers d'arrachage, elle est toujours là, tuant à petit feu certains milieux protégés !
En Ile-de-France, outre Saclay et la forêt départementale des Grands Aveaux en Essonne, la forêt de Saint-Germain-en-Laye dans les Yvelines, on rencontre le Raisin d'Amérique surtout dans les forêts de Fontainebleau, des Trois Pignons, ainsi qu'à la Commanderie, Darvault et Nanteau. S'il apprécie particulièrement les clairières créées par la coupe ou la chute d’arbres, il prospère ensuite rapidement dans tout l’éventail de luminosité possible. En fait, il pousse un peu partout, et même parfois au contact des grès. Mais c'est dans les réserves biologiques intégrales (RBI) où il bénéficie d’une totale impunité, puisqu’il est actuellement interdit d’y intervenir, qu'il fait le plus de dégâts. Il prospère également dans toutes les parcelles grillagées par l'ONF !

Une peste végétale non reconnue par le Ministère de l'Environnement !


Le Raisin d'Amérique est classé comme peste végétale par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature). Pourtant, il est en vente dans de nombreuses jardineries et recommandés par certains magazines comme plante d'ornement ! Un paradoxe qui a été le sujet, en juin 2015, d'une question de Jean Vincent Placé (Question écrite n° 16869 )à notre Ministre de l'environnement devant le Sénat. Cinq mois plus tard, la réponse de la ministre tombait démontrant une très mauvaise connaissance du sujet qui met en péril les efforts de nos amis de l'ASABEPI et ceux de l'ONF dans la lutte contre cette plante (voir l'article de la Tribune Libre de Bleau)

A quoi ressemble ce Phytolaque ?



La plante ne passe pas inaperçue ! Elle se reconnaît aisément à ses tiges creuses allant du rouge violacé au vert tendre et se divisant en rameaux secondaires. Les plus grosses cannes atteignent un diamètre de 4 cm et une hauteur de 1 à 3 mètres. Ses grandes feuilles ne sont pas sans rappeler celles du tabac. Au printemps, elle se pare de fleurs blanches en épi qui donneront à partir du mois d’août des fruits verts qui deviendront noirs rappelant les grappes de raisin. En hiver, on retrouve le Phytolaque sous la forme de cannes blanchâtres cassées. Mais c'est son système racinaire très profond en forme de carotte qui rend son élimination complexe !

Phytolaque, ou Raisin d’Amérique (phytolacca americana)
Phytolaque, ou Raisin d’Amérique (phytolacca americana)
Rocher Saint Germain, Fontainebleau (C) Greg Clouzeau


Invasif et toxique !


 
Comme le Prunus et bon nombre de plantes invasives, c'est la dispersion des graines par les oiseaux sur de vastes territoires qui assure son extension ! La lumière plus forte dans les trouées forestières
favorisent la levée des nombreuses graines en dormance et marque le début de l'invasion. C'est ainsi qu'il prospère, généreusement protégé par des grillages, dans les parcelles mises en coupe de régénération !

Il semble que la consommation de ses feuilles et de ses racines puisse provoquer la mort des chevaux et des porcs et des dommages chez les moutons et les chèvres. Pourtant, aucune mortalité de chevreuils ou de cerfs n’a pu lui être imputée avec certitude et on constate parfois que des jeunes feuilles, peu toxiques, sont activement broutées, en forêt. Mais la consommation du Phytolaque par les grands herbivores sauvages reste très faible ! En revanche, les oiseaux, semble raffoler de ses baies et sèment ses graines dans leurs fientes.



Feuille de Phytolaque, ou Raisin d’Amérique (phytolacca americana)
Les fleurs de Phytolaque (phytolacca americana) donnent des fruits qui lui valent son nom
Les fleurs de Phytolaque (phytolacca americana) donnent des fruits qui lui valent son nom
de Raisin d’Amérique quand ils vont prendre cette couleur bordeau
Chez les humains, outre des effets inflammatoires cutanés, et des effets laxatifs, on évoquera une modification de la proportion de leucocytes, des affections cardiaques, des diarrhées sanglantes « incoercibles », des brûlures buccales, œsophagiennes, gastriques, des vomissements, des embolies, des attaques rénales, etc. en cas de consommation ! Du coup, pour les chantiers d'arrachage, on ne saurait trop vous recommander de porter des gants !

Hélas, comme pour bien d’autres plantes toxiques, le Phytolaque est aussi une source de molécules à étudier pour la pharmacologie, notamment en homéopathie. Il contient une protéine anti-virale, étudiée pour lutter contre le sida. Ses applications médicales en justifient la culture, mais il convient alors d’empêcher, par des filets ou autres, la dispersion de ses graines.



Et pourquoi limiter l'invasion en forêt de Fontainebleau ou ailleurs ?



Le Phytolaque pour assurer sans domination détruit hélas la microfaune et la microflore du sol. D'ailleurs à ses pieds, rien de pousse et même les vers de terres, acteurs majeurs de la fertilité des sols, disparaissent. Très gourmant, il pompe énormément d'eau et épuise l'humus. Du coup, dans les parcelles en régénération, les plantules meurent, les graminées et les champignons disparaissent, obligeant les grands herbivores à se rabattre sur les cultures si l’invasion s’aggrave. Bien entendu, les glands, privés de lumière, ne germent plus ce qui pour le forestier est une catastrophe !

Un beau pied de Raisin d’Amérique en parcelle de régénération
Un beau pied de Raisin d’Amérique en parcelle de régénération
Gorges d'Apremont, Fontainebleau, (C) 2016 Greg Clouzeau
Vu la situation, seul l'arrachage de la plante avec ses racines, à l’occasion de chantiers spécifiques, permet de limiter les dégâts ! Mais Bleau c'est déjà plus de 27000 hectares ! Bien entendu, un suivi régulier est nécessaire jusqu’à épuisement du stock de graines. Malheureusement, la tâche est rude et les bénévoles ne se bousculent pas. Dans le même temps, il faudrait cesser les plantations ornementales de ce mauvais raisins dans les jardins et autres espaces verts ! A Bleau, la lutte débutée par Thierry Pain a été reprise par Danielle et Jean Claude Perré


Renseignements :
Site Internet : http://phytolaque.wifeo.com/
Danielle et J Claude Perrée
phyto[@]netcourrier.com
tél 068053882six

Je  vous invitons aussi à relire ce très bon article sur les espèces invasives en général
http://www.calameo.com/read/001079350593488be28ff

Les fleurs de Phytolaque (phytolacca americana) donnent des fruits qui lui valent son nom
Les fleurs de Phytolaque (phytolacca americana) donnent des fruits qui lui valent son nom
de Raisin d’Amérique quand ils vont prendre cette couleur bordeau

Greg CLOUZEAU

Auteur & Photographe

Passionné de nature et de sport, je participe à la rédaction de plusieurs magazines et portails d'information

Engagé dans la préservation des sites naturels, je partage ici certaines mes connaissances sur le Pays de Fontainebleau en les illustrant de mes observations photographiques.

2 commentaires:

  1. rien à dire , si ce n 'est MERCI pour cet article

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    1. Si quand même : encore bravo pour votre travail ! 75 chantiers et 750 journées bénévoles sur le terrain ce n'est pas rien !

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